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Miroir Politique
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"Divorce sans Consentement mutuel"

Il y a quelques temps, Dominique Dutilloy m'a proposé son dernier livre: "Divorce sans consentement mutuel". Dominique Dutilloy est journaliste depuis 1980 en France et au Sénégal, il écrit notamment pour le site Come4News.
Son ouvrage part d'un constat général pour aborder divers points de société, ce constat est celui du divorce entre les français et leur classe politique. Les élections de 2002 et de 2004 ainsi que le référendum de 2002 sont à son sens les preuves irréfutables de ce divorce. Dominique Dutilloy voit plusieurs causes à cette séparation qui remet en cause toute la classe politique. D'une part les éternels problèmes politiques tels que le chômage, l'insécurité, les retraites, l'éducation, etc. Et, d'autre part, le manque de confiance lié aux nombreux scandales touchant la classe politique.
Les parties qui m'ont le plus intéressé dans ce livre sont sans conteste celles où il analyse la situation de partis politiques en particulier. Notamment celle dédiée au Front National où, mettant en parallèle le PCF, il explique que si le FN connait un tel succès c'est principalement car il n'a jamais gouverné et que dans cette mesure il peut rallier les mécontents.
Mais Dominique Dutilloy ne se contente pas de pointer les défaillances des politiques, il remet également en cause les électeurs. C'est d'ailleurs sur ce point que son livre m'a le plus intéressé, dans la mesure où il va jusqu'au bout de l'analyse sans hésiter à mettre en cause l'ensemble de la société. Il explique tout d'abord que la France est un pays ingérable étant donné que les électeurs votent au gré des élections à gauche ou à droite, et ajoute que nous avons tendance à rejeter la faute sur le gouvernement quoi qu'il arrive sans nous remettre en cause nous-mêmes.
La lecture de "Divorce sans consentement mutuel" m'a amené à me poser plusieurs questions, voici les réponses de Dominique Dutilloy:
Axeland: Dans votre livre, parmi les causes du divorce entre les français et leur classe politique, vous évoquez les affaires judiciaires qui touchent les hommes politiques. Aujourd'hui avec l'affaire Clearstream, l'affaire Dray, l'Angolagate et les ennuis de Jacques Chirac on a parfois l'impression que même si cela révolte les français ça n'étonne plus. Comme si la confiance des français envers les politiques était si basse que tout cela est regardé avec lassitude.
Alors pensez vous que ce divorce a atteint un point de non retour ?Dominique Dutilloy: En ce qui concerne l'Affaire "Clearstram", l'Affaire "Dray", l'Affaire "Angolate", ainsi que les ennuis du Président Chirac, je ne pourrais guère vous faire de commentaires, ne connaissant pas le fond de ces dossiers... Néanmoins, en ce qui concerne l'Affaire "Clearstream", je pense, et ce sera le seul commentaire que je ferai sur cette affaire, que Dominique de Villepin et le Président Nicolas Sarkozy sont tous les deux victimes : en effet, tous deux étaient potentiellement présidentiables pour 2007', de ce fait, certains auraient pu, d'une part, se servir de la position de Dominique de Villepin, à l'époque Premier Ministre, pour le piéger en le désignant comme le "coupable idéal", d'autre part, présenter le Candidat Nicolas Sarkozy pour l'écarter de cette Présidentielle...
Quoiqu'il en soit, il est bel et bien évident que toutes ces affaires révoltent l'ensemble des Français, qui n'ont plus confiance en leur classe politique, au point de provoquer ce divorce profond, un divorce sans consentement mutuel... Je pense, mais j'en suis vraiment persuadé, que ce divorce a atteint un point de non retour, qui pourrait s'accentuer, aussi bien lors des prochaines régionales, que lors de la prochaine Présidentielle ! En effet, les Français sont toujours dans l'attente de réponses aux questions qu'ils ont posées, notamment en ce qui concerne le montant de leurs impôts, leur pouvoir d'achat, la stagnation des salaires, des pensions de retraite, des prestations sociales, des minimas sociaux, le mal et non logement, les licenciements massifs dus à des plans sociaux, à des restructurations, à des délocalisations, l'augmentation de la très grande précarité, de la pauvreté et de la misère...
Axeland: Votre ouvrage se termine sur l'élection de Nicolas Sarkozy. Depuis il y a eu beaucoup de changements et notamment au PS qui se noie dans les présidentiables et ne parvient pas à se rassembler laissant un peu plus de place aux Verts. D'après vous le PS a-t-il encore un avenir où est il totalement déconnecté du peuple ?
Dominique Dutilloy: Il est bien évident que le le Parti Socialiste, qui est durablement divisé depuis le Référendum du 29 mai 2005, qui n'a pas digéré sa défaite du 21 avril 2002, est entrain de se déchirer, voire-même de faire sa scission ! Empêtré qu'il est dans sa guerre du trône, dans sa guerre de clans et de courants, il est incapable, même au niveau national, de présenter un programme clair de gouvernement !
Et on le voit très bien puisque bon nombre de ténors du PS ont rejoint le Gouvernement Fillon, dit "Gouvernement d'Ouverture", créant, pour l'un d'entre eux : Jean-Marie Bockel, un parti politique clairement engagé dans la Majorité présidentielle : Avenir de la Gauche ! C'est ce que j'avais écrit dans mon article : "Va-t-on assister à l'inéluctable scission du Parti Socialiste ?".
Alors, lorsqu'on constate:
-que Berrnard Kouchner, Jean-Marie Bockel, Éric Besson, Fadela Amara..., pour ne citer que les plus célèbres d'entre eux, sont maintenant membres de ce Gouvernement.
-que d'autres comme Marc Dolez et Jean-Luc Mélanchon ont claqué la porte du PS pour, en rejoignant la Gauche de la Gauche, fonder leur propre parti politique : le Parti de Gauche (PG).
On ne peut que prévoir, à terme, une scission du Parti Socialiste, voire-même, s'il ne se ressaisit pas, sa disparition annoncée !
Alors, oui, je pense que le parti de Martine Aubry est complètement déconnecté du peuple français, puisqu'il n'arrive pas à se fédérer de manière à produire un programme clair de gouvernement... Pire encore, il est étrangement silencieux face au difficultés rencontrés par nos compatriotes et face à cette Union Européenne du Traité de Lisbonne envahissante !
De plus, le PS n'a, à mon avis, personne de crédible capable de battre Nicolas Sarkozy en 2012... La seule personne, qui pourrait ramener la victoire à ce parti est Dominique Strauss-Kahn : mais, pourra-t-il se le permettre d'autant qu'il est toujours à la tête du FMI ?
Alors, ne s'agirait-il pas, comme le propose Ségolène Royal, que le Parti Socialiste s'allie avec le MoDem ? Ce serait la solution ! Cependant, le principal reproche qui peut être fait au PS, c'est de n'avoir jamais su se diriger vers la Sociale Démocratie...
Axeland: Parmi les coups de gueules que vous lancez dans "Divorce sans consentement mutuel" il y en a un qui revient souvent: celui contre les syndicats. Vous leur reprochez à quelques reprises leur refus de toute négociation et on voit aujourd'hui que les ouvriers sont eux aussi assez las des actions syndicales. Pensez vous qu'en marge du divorce entre les politique et les français un autre divorce se forme, entre les syndicats et les français ?
Dominique Dutilloy: Tout d'abord, pour enlever toute ambiguïté, je tiens à préciser que je ne suis pas du tout opposé au droit constitutionnel de faire grève... Je suis totalement opposé à cette manière de faire grève, puisqu'elle nuit gravement à la libre circulation des personnes et des biens !
C'est ce que j'ai écrit dans mes deux articles :
- "L'Archaïsme "à la Française" ou le recours à la grève sans négociation préalable"
- "Non, à la prise d'otage.....sociale !"
En effet, le Gouvernement, les dirigeants des entreprises publiques, le Patronat, mais également les centrales syndicales sont inaptes à la négociation et se moquent royalement des difficultés rencontrées par des milliers de personnes prises, selon moi, en otage, par tous les protagonistes !
De plus, qui, parmi les responsables de grandes centrales syndicales bassement préoccupés par leurs avantages acquis, s'est ému face aux nombreux licenciements, aux délocalisations d'entreprises, aux nombreux décès de SDF... ?
Certes, les revendications de toutes ces personnes qui font grève sont légitimes et compréhensibles, d'autant que tous les avantages acquis doivent être défendus pour être maintenus... Cependant, face aux difficultés croissantes rencontrées par bon nombre de nos compatriotes, je pense que les centrales syndicales ont le devoir d'inventer de nouvelles actions destinées à gêner le Gouvernement, à gêner les dirigeants des entreprises publiques, à gêner le Patronat, tout en n'entravant pas la libre circulation des personnes et des biens !
Axeland: Vous parlez également beaucoup du FN. Jean-Marie Le Pen (à qui vous reconnaissez un grand talent) a annoncé qu'il ne serait pas candidat en 2012, pensez-vous que sa fille tient elle aussi un certain talent pour rallier les déçus ?
Dominique Dutilloy: Contrairement au Parti Communiste Français, le Front National n'a participé à aucun Gouvernement ! Donc, les données politiques ne sont pas les mêmes !
En effet, et j'en ai parlé dans "Divorce sans Consentement Mutuel", dans les Gouvernements Mauroy, et dans le Gouvernement Jospin, il y a eu des ministres communistes ! Au départ, et je l'ai écrit également dans mon ouvrage, le Parti Communiste Français a été piégé par François Mitterrand, qui s'est ingénié à le marginaliser...
Là, et j'en ai aussi parlé dans mon ouvrage, le Front National a profité de cette déroute annoncée du Parti Communiste Français, devenant, de facto, le Premier Parti Ouvrier de France et l'arbitre de la vie politique française, puisqu'il ramenait à lui tous ces déçus de la Gauche ! Nous nous en sommes aperçus au soir du 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen mit fin à la carrière politique de Lionel Jospin !
Comme on le sait, le Front National a perdu beaucoup de son aura... En effet, le Candidat Nicolas Sarkozy a ramené à lui beaucoup d'électeurs de Jean-Marie Le Pen en promettant la création d'un Ministère de l'Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, en promettant une politique d'immigration choisie, en promettant une politique de sécurité beaucoup plus sévère, promesses intégralement tenues, rappelons-le !
Qui plus est, et il l'a maintes et maintes fois déclaré, Jean-Marie Le Pen ne se portera pas candidat à la Présidentielle ''2012'' !
Il est évident, que Marine Le Pen n'a pas les mêmes défauts que Jean-Marie Le Pen, cependant, pour répondre à votre question, j'ignore si elle aura le talent et le charisme de son père pour rallier tous les déçus de la Droite ! De plus, pourra-t-elle tenir d'une main de fer dans un gant de velours ce parti créé par son père ? Je l'ignore, cependant, il faudra beaucoup d'autorité à Marine Le Pen, d'autant que le Front National, qui, étant ruiné, a dû mettre en vente son siège mythique : « Le Paquebot », est en proie à une guerre du trône, il est vrai, beaucoup plus discrète, beaucoup plus feutrée !
Axeland: Votre ouvrage contient également quelques propositions, dont une qui m'a étonnée: la mise en place d'un nouveau service militaire plus adapté à l'époque. En quoi cela vous parait il nécessaire ?
Dominique Dutilloy: Tout d'abord, je tiens à préciser que j'ai longuement été contre le Service militaire obligatoire, l'ayant fait moi-même... J'étais pour une armée de métier... Cependant, vu le contexte actuel, je pense qu'il faudrait le rétablir immédiatement, mais, sous certaines conditions:
- Il faudrait que les conscrits touchent la même solde que les engagés, que leur solde soit prise en compte pour le calcul de leur allocation chômage dès leur retour à la vie civile.
- Il faudrait que les appelés suivent des cours d'Instruction civique, tout en apprenant tout ce qui concerne la chose politique, la chose institutionnelle, la chose constitutionnelle de la Nation, le respect dû au Drapeau national et à notre Hymne national.
- Il faudrait que les appelés puissent, outre sa formation militaire obligatoire, suivre une formation professionnelle, ou bien, s'il n'ont jamais été en situation d'échec scolaire, suivre des études secondaires, voire supérieures.
- Il faudrait que les appelés aient le choix de servir dans leur arme préférée : Infanterie de Marine, Infanterie, Parachutisme, Marine Nationale, Armée de l'Air...
- Il faudrait que les Appelés aient, s'ils le désirent, la possibilité de s'engager dans l'armée.
- Il faudrait également qu'ils puissent suivre des cours de formation militaire, aller dans des écoles de sous-officiers, d'officiers, s'ils en ont les capacités intellectuelles, scolaires, secondaires, supérieures.
- Il faudrait voir à ne pas les brimer en leur faisant faire des corvées inutiles ou en lui faisant subir diverses violences, comme c'était le cas bien souvent lorsque ce service national existait...
Bien entendu, ce service militaire pourrait avoir une durée minimum de trois ans.
Axeland: A la fin de votre livre, dans un paragraphe sur l'UE, vous évoquez la perte de l'identité nationale. Que pensez vous du débat actuel sur ce thème ?
Dominique Dutilloy: Au départ, et je dois le préciser, j'ai toujours, ce, dès sa création, été contre l'existence-même du Ministère de l'Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire : ce ministère, à mon avis, est une véritable honte pour notre Pays ; donc, il doit être supprimé immédiatement !
J'ai voté "Non" lors du Référendum du 29 mai 2005 portant sur le Projet de Loi Constitutionnel autorisant la création d'une Constitution pour l'Europe... Qui plus est, j'ai été opposé à la ratification, par la voie parlementaire, du Traité de Lisbonne, comme je l'ai écrit dans mon article : "Le vote des Françaises et des Français doit être respecté", estimant que ce projet de loi constitutionnel aurait dû être soumis à Référendum...
En effet, j'ai toujours été favorable à une Union Européenne des Nations, Union, qui respecterait l'indépendance totale des États membres, leur souveraineté, leurs lois, leurs institutions... Je trouve anormal, et là, on peut parler d'identité nationale, que certaines de nos lois, de nos décrets soient promulgués en fonctions des décisions prises par cette Commission Européenne, ce, sans aucun respect des différences de chaque pays européen !
Maintenant, et je réponds à votre question, le débat sur l'identité nationale est un débat qui n'aurait jamais dû exister : il n'a pas sa place, il est dangereux, il divise les Français entre eux, il diabolise l'immigration, il diabolise certaines religions, il ne répond pas à certaines questions cruciales et prioritaires qui se posent dans notre Pays..."Divorce sans Consentement Mutuel" de Dominique Dutilloy
De plus, comment demander à certains de nos compatriotes d'être fiers d'être Français, alors que bon nombre d'entre eux sont sans travail, sans logement (ou mal logés), dans la misère la plus complète... ?
Alors, le véritable débat qu'il devrait y avoir serait de savoir comment remettre les Français dans le travail, dans l'aisance, dans la vie normale ?
Axeland: Une question sans rapport avec votre livre: vous êtes un fin connaisseur de l'Afrique, qu'attendez vous du mondial en Afrique ?
Dominique Dutilloy: Pour moi, le fait que le la Coupe mondiale de Football ait été organisée en Afrique, de surcroît dans cette République Sud Africaine, est déjà tout un symbole... De plus, grâce à Nelson Mandela, qui a été aidé par Frédérick Declerck, les deux fervents abolitionnistes et ''tombeurs'' de l'Apartheid, la République Sud Africaine a réussi à être une Nation multiraciale, ce, grâce à la politique de réconciliation nationale menée par le Gouvernement sud-africain...
Alors, il est urgent de parler de l'Afrique, dans ses réalisations, mais aussi dans ses combats en faveur pour les droits de l'homme et du citoyen... Il serait temps, je crois, de prendre exemple sur cette Afrique ! En effet, et c'est là que je considère que le débat sur l'identité nationale est inutile, il n'existe qu'une seule race : la race humaine !
Merci à M. Dutilloy pour ses réponses, ci-dessous les références de son livre:
ISBN: 978-2-35892-004-9
Dépôt Légal: 4ème trimestre 2009
Prix (hors frais de port): 19 €
Prix ( pour le format Pdf): 5 €
Pages: 136
Pour toute commande: http://www.vosromans.fr/romans
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Populisme et démocratie participative
La polémique suscitée par le résultat du référendum suisse sur l'interdiction des minarets a fait le tour du monde. Un pays à la neutralité légendaire a, par la voie démocratique et avec une abstention faible, prouvé que la peur de l'Islam est bien réelle en Europe. Beaucoup de politiques français ont vite réagit pour dire qu'un tel résultat serait impossible en France, hélas les sondages récents sont moins catégoriques: selon un sondage IFOP pour Le Figaro 46% des français voteraient comme les suisses, 40% voteraient contre l'interdiction et 14% se sont abstenus.
Je n'ai pas pour habitude d'avoir une confiance aveugle envers les sondages (ils se sont largement trompés en Suisse) mais je dois dire que ce résultat me paraît plus que crédible. L'islamophobie est très présente en Occident et la France n'y échappe pas. Même si les attentats islamistes, une des causes majeures de cette peur, n'ont pas touchés la France depuis longtemps ils ont tout de même marqués nos esprits. La différence entre musulmans modérés et islamistes radicaux a beau être sans cesse répétée dans les médias cela ne suffit pas à stopper une peur irrationnelle de l'autre. Un sondage BVA commandé par Canal+ a d'ailleurs révélé que 44% des français trouvent la religion musulmane plus inquiétante que les autres.
Pour ce qui est du référendum suisse en lui-même, d'autres éléments sont venus accentués cette peur de l'Islam. Tout d'abord, la campagne des partis populistes a été rude et a joué habilement sur les peurs que suscitait déjà l'Islam. L'affiche de l'UDC montrant des minarets en forme de missiles sur le drapeau suisse à fait le tour du monde, mais ce parti n'en était pas à son coup d'essai. Le magazine 66 minutes avait consacré un dossier aux techniques de manipulation de ce parti:En plus de jouer sur les peurs, l'UDC a aussi joué sur l'amalgame. Ce référendum a été pour beaucoup l'occasion de s'exprimer sur le port du voile, l'excision et les mariages forcés, les populistes faisant un rapprochement systématique entre Islam et mauvais traitement des femmes. Mais l'UDC ne s'est pas non plus privé de mentir en laissant entendre que ces minarets feraient l'objet d'appels à la prière.
Si les suisses ont peut-être plus peur que les français de la religion musulmane c'est aussi à cause de l'image qu'elle a là-bas. Outre les déboires du fils de Mouammar Kadhafi, il y a une personne qui se veut représentante de l'Islam en Suisse: Tariq Ramadan. Ce philosophe musulman, relativement connu en France, est souvent accusé de double discours (voir la vidéo accablante ci-dessous) par des intellectuels de tous bords et, selon moi, à juste titre. Ce double discours portant à la fois sur la condition féminine (plus particulièrement la lapidation)et sur sa lecture du Coran. A noter que si il représente cette religion en Suisse ce n'est que par sa médiatisation et en aucun cas par la décision des musulmans suisses qui sont, eux aussi, partagés sur son cas. Il est également soupçonné par ses détracteurs d'être très proches des idées de son grand-père Hassan el-Banna (fondateur des Frères musulmans). Face à une telle image de l'Islam, il est en effet difficile de rester objectif... Surtout pour un pays aussi paisible que la Suisse, qui n'a nulle envie de voir se développer des tensions sur son territoire.
La retenue de deux Suisses en Libye depuis seize mois n'arrange d'ailleurs pas les choses.Si les raisons de ce résultats peuvent paraître compréhensibles cela ne nous empêche pas de nous poser des questions sur l'avenir de l'Islam en Europe. La question de départ, malgré son détournement, était bel et bien la construction de nouveaux minarets. Alors quel problème peut bien poser à une population la simple construction d'un bâtiment ? Car il s'agit bien de cela ! En Europe les minarets sont tous muets et servent uniquement à donner une visibilité à la mosquée. Mais c'est justement cette visibilité qui, selon moi, gène. Le problème du voile et à peu de chose près le même, il s'agit là de questions relevant de la visibilité d'une religion que beaucoup préféreraient ne pas voir (cf le sondage BVA).
Pourtant quand cette religion est vue cela ne pose pas de problème.
La grande mosquée de Paris est en place depuis 80 ans, avec son minaret de 33 mètres. Le magazine C dans l'air de France 5 avait inséré un bref reportage sur cette mosquée au cours d'un débat sur le vote suisse, montrant bien que le voisinage n'en souffrait aucunement. La dite mosquée est même un lieu d'accueil multi-culturel avec hammam, restaurant et visites guidées.
Mais outre le problème de la place de l'Islam dans notre société, ce référendum a soulevé une autre question importante: les limites de la démocratie. L'abstention a été faible, le vote a été totalement démocratique, mais un grand nombre (pour ne pas dire tous) d'hommes politique et d'intellectuels voudraient qu'il soit refait. Au prétexte que les suisses auraient "mal voté". La question s'était d'ailleurs déjà posée avec le non irlandais au traité de Lisbonne... Alors peut-on laisser le peuple choisir par lui-même? La logique démocratique veut bien entendu qu'il soit maître de son destin, mais l'usage du populisme et de la démagogie nous pousse à un constat évident: le peuple est incapable d'objectivité sur des thèmes aussi émotionnels. A titre personnel je n'ai jamais cru que le peuple pouvait faire preuve de rationalité, les mouvements de foule étant par définition irrationnels et les citoyens n'étant pas tous informés de l'ensemble des enjeux.
Pour finir sur ce triste constat je ne peux qu'appuyer ma pensée sur celle de Rousseau: "On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours : jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe ; et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal".
A noter que mon raisonnement concerne uniquement la démocratie participative consistant à consulter le peuple sur des questions de société. En ce qui concerne les élections démocratique c'est tout à fait différent, le scrutin ne portant pas sur un seul thème mais sur une idéologie d'ensemble.Illustration de toad, merci à lui
Article également disponible sur Ma Pause Café
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Schizophrenie Gouvernementale

On a appris il y a peu que le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a décidé de supprimer le caractère obligatoire de l’Histoire et de la Géographie en Terminale S. Ces deux matières deviendraient alors optionnelles, au même titre que le latin et le grec.
Le but clairement annoncé est de dissuader les candidats à des études comme Sciences-Po de passer par la série scientifique sous prétexte de sa réputation. Le ministre précédent avait déjà tenté un coup similaire en voulant rendre la Philosophie optionnelle, provoquant ainsi un tollé général, comme M. Chatel aujourd’hui. Le principal argument des professeurs de philo était simple : les scientifiques ont besoin d’une certaine culture philosophique, reprenant en cœur : « une science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Les profs d’Histoire nous ont aussi cité Rabelais pour défendre leur matière, mais ils ont d’autres arguments tout aussi percutants.Celui le plus répété par les journalistes, puisqu’il colle étrangement à l’actualité, c’est l’identité nationale. En plein débat sur l’identité française voila qu’un ministère propose de ne plus enseigner à tous les lycéens l’Histoire de France qui est pourtant une composante essentielle de cette fameuse identité ! Car non, le programme de terminale S n’est pas inutile. D’autant qu’il porte, en Histoire, sur les événements d’après la seconde guerre mondiale, éclairant ainsi les lycéens sur de nombreux problèmes encore d’actualité : conflit israélo-palestinien, guerres du Golfe, guerre en Afghanistan, … Le programme de cette classe porte autant sur l’Histoire proche que sur des phénomènes de société encore présents. En Géographie, les élèves étudient le développement de la Chine, la suprématie américaine, l’Union Européenne, la mondialisation, autant de sujets qui sont débattus chaque jour dans notre société, car ils sont d’actualité.
Alors comment pourrait on priver 53% des élèves de terminales (chiffre actuel des lycéens ayant choisi la filière S) d’une culture primordiale pour comprendre le monde dans lequel on vit ? La volonté du gouvernement de revaloriser la filière L mérite-t-elle que chaque filière ait sa faiblesse, la S devenant une fabrique de citoyens incultes ? Car dans le programme de la Terminale S il y a aussi la Véme République, de sa création jusqu’au mandat de Jacques Chirac… Et l’augmentation du nombre de cours d’Histoire (1h30 en plus) en Première S ne pourra en aucun cas rattraper ce manque de connaissance, puisque l’Histoire mobilisait 3 heures par semaine en Terminale S.
Heureusement, le ministère de l’Education a tout prévu ! Et oui les élèves de la filière scientifique ne seront pas sans connaissance sur le monde puisque le gouvernement leur offre gracieusement… 30 minutes d’Éducation civique, juridique et sociale par semaine ! Il y a de quoi sauter au plafond pas vrai ? Ce cours était déjà en place en première S mais je ne peux pas vous dire en quoi il consiste car quand j’y étais mon professeur prenait cet horaire pour continuer le programme d’Histoire-Géo…
Plus sérieusement cette nouvelle mesure, outre le fait qu’elle prive les futurs ingénieurs de toute culture sur le monde actuel, prive également ceux qui désirent continuer leurs études en faisant HEC ou Polythechnique de sérieuses bases pourtant nécessaires dans ces filières. En faisant le choix d’une spécialisation accrue de chaque filière, le gouvernement semble oublier que certaines études demandent des connaissances diverses et variées.

Mais il faut dire que le gouvernement à la mémoire qui flanche quand il s’agit d’éducation. En 2007 les professeurs doivent lire la lettre de Guy Môquet à leurs élèves. En 2008 tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Et en 2009 les élèves de Terminale n’ont plus besoin d’étudier l’Histoire. En terme de schizophrénie on a rarement vu mieux.
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Une Europe aux multiples facettes

Depuis le 19 novembre l'Europe a un nouveau visage, ou plutôt deux. Le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton ont été nommés aux postes respectifs de président du Conseil européen et de haute représentante. Deux personnalités politiques quasi inconnues en France jusqu'alors, mais dont les noms (notamment pour Van Rompuy), circulaient depuis le début du mois. J'ai donc effectué quelques recherches sur eux...
Herman Van Rompuy, premier ministre belge, est surtout connu pour son art du consensus qui lui fut d'un grand secours dans l'univers politique belge. Mais ce qui le caractérise c'est aussi sa discrétion et son fort attachement au christianisme. Ce second point étant sans doute le plus important puisque la question de l'identité européenne vient souvent buter sur l'héritage catholique de notre continent. La nomination d'un ancien étudiant du Collège jésuite et de l'Université catholique flamande de Louvain n'est donc en aucun cas anodine. Herman Van Rompuy a également écrit un livre titré "Le Christianisme, une pensée moderne".
Pour ce qui est de sa vision de l'UE, il est clairement favorable à l'idée d'une Europe fédéraliste mais se dit également favorable à l'élargissement de l'Union. Sa ligne politique est donc assez sombre puisqu'il est néanmoins opposé à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Chose qui l'oppose d'ailleurs à Catherine Ashton, mais la double nomination du 19 novembre n'est pas à une incohérence près.
Mais si les médias nous ont jusque là donné l'image d'un homme discret et consensuel Van Rompuy n'en est pas moins un politicien féroce. Il est effectivement à l'origine de la chute de l'ancien premier ministre belge Yves Leterme en l'ayant impliqué dans un scandale bancaire, lequel a été blanchi...
En ce qui concerne Catherine Ashton on peut dire qu'elle connait bien le fonctionnement de l'Union Européenne puisqu'elle était commissaire européenne au Commerce. Mais, économiste de formation, elle fait figure de novice en politique internationale. Étrange, donc, de l'avoir choisie comme quasi-ministre des affaires étrangères... Sa nomination semble finalement résulter principalement de l'échec de Tony Blair et de la volonté anglaise d'obtenir un des deux postes.
Elle aussi est décrite comme consensuelle et discrète mais la présence d'une anglaise à ce poste précis laisse place à l'inquiétude. La diplomatie de l'UE a été confiée à une femme politique dont le pays soutient les États-Unis dans toues ses actions, guerre en Irak comprise...
Le choix des chefs d'État européen aura donc été clairement dicté par la peur de voir un président de l'UE trop "fort" et pouvant leur faire de l'ombre, reste à voir si ce choix ne causera pas trop de dégâts. En tous les cas la direction de l'UE n'aura jamais été aussi floue, si un chef d'État étranger veut s'adresser à l'UE il aura maintenant le choix entre le président du Conseil, le haut représentant, le président de la Commission et la présidence tournante. Lesquels ne s'accordant sur aucun point que se soit la "fédéralisation" de l'UE, l'impôt européen, la politique étrangère (Irak, Israël,...), l'adhésion de la Turquie où même l'euro puisque les anglais n'en veulent toujours pas. Bon courage pour faire avancer l'UE dans ces conditions...
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