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Europe
Une Europe aux multiples facettes
par axeland, le 23 Novembre 2009 à 14:05
Depuis le 19 novembre l'Europe a un nouveau visage, ou plutôt deux. Le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton ont été nommés aux postes respectifs de président du Conseil européen et de haute représentante. Deux personnalités politiques quasi inconnues en France jusqu'alors, mais dont les noms (notamment pour Van Rompuy), circulaient depuis le début du mois. J'ai donc effectué quelques recherches sur eux...
Herman Van Rompuy, premier ministre belge, est surtout connu pour son art du consensus qui lui fut d'un grand secours dans l'univers politique belge. Mais ce qui le caractérise c'est aussi sa discrétion et son fort attachement au christianisme. Ce second point étant sans doute le plus important puisque la question de l'identité européenne vient souvent buter sur l'héritage catholique de notre continent. La nomination d'un ancien étudiant du Collège jésuite et de l'Université catholique flamande de Louvain n'est donc en aucun cas anodine. Herman Van Rompuy a également écrit un livre titré "Le Christianisme, une pensée moderne".
Pour ce qui est de sa vision de l'UE, il est clairement favorable à l'idée d'une Europe fédéraliste mais se dit également favorable à l'élargissement de l'Union. Sa ligne politique est donc assez sombre puisqu'il est néanmoins opposé à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Chose qui l'oppose d'ailleurs à Catherine Ashton, mais la double nomination du 19 novembre n'est pas à une incohérence près.
Mais si les médias nous ont jusque là donné l'image d'un homme discret et consensuel Van Rompuy n'en est pas moins un politicien féroce. Il est effectivement à l'origine de la chute de l'ancien premier ministre belge Yves Leterme en l'ayant impliqué dans un scandale bancaire, lequel a été blanchi...
En ce qui concerne Catherine Ashton on peut dire qu'elle connait bien le fonctionnement de l'Union Européenne puisqu'elle était commissaire européenne au Commerce. Mais, économiste de formation, elle fait figure de novice en politique internationale. Étrange, donc, de l'avoir choisie comme quasi-ministre des affaires étrangères... Sa nomination semble finalement résulter principalement de l'échec de Tony Blair et de la volonté anglaise d'obtenir un des deux postes.
Elle aussi est décrite comme consensuelle et discrète mais la présence d'une anglaise à ce poste précis laisse place à l'inquiétude. La diplomatie de l'UE a été confiée à une femme politique dont le pays soutient les États-Unis dans toues ses actions, guerre en Irak comprise...
Le choix des chefs d'État européen aura donc été clairement dicté par la peur de voir un président de l'UE trop "fort" et pouvant leur faire de l'ombre, reste à voir si ce choix ne causera pas trop de dégâts. En tous les cas la direction de l'UE n'aura jamais été aussi floue, si un chef d'État étranger veut s'adresser à l'UE il aura maintenant le choix entre le président du Conseil, le haut représentant, le président de la Commission et la présidence tournante. Lesquels ne s'accordant sur aucun point que se soit la "fédéralisation" de l'UE, l'impôt européen, la politique étrangère (Irak, Israël,...), l'adhésion de la Turquie où même l'euro puisque les anglais n'en veulent toujours pas. Bon courage pour faire avancer l'UE dans ces conditions...
17 commentaires
L'Europe vue par Newropeans
par axeland, le 29 Mai 2009 à 18:42
Newropeans est un nouveau mouvement proeuropéen (entendez par là partisans d'une Europe plus forte) lancé simultanément dans 12 pays d'Europe et qui présente des listes en France, Allemagne et Pays-Bas. Ce mouvement, qui se veut proche de la société civile, est né du programme Erasmus, qui a permis à des millions d'étudiants de fréquenter d'autres universités en Europe. La principale proposition du nouveau parti tient à l'organisation de référendum dans chaque pays, pour tout nouveau projet d'élargissement de l'Union européenne. Et justement c'est dans les deux pays du non massif de 2005 au projet de Constitution européenne, la France et les Pays-Bas, que les Newropeans semblent faire le plus d'adeptes.
Ni de gauche, ni de droite, les Newropeans ne se conçoivent aucun avenir à très long terme. Ils se promettent même l'auto-dissolution dans 15 à 20 ans, «quand la démocratisation de l'UE sera achevée».
Newropeans n'est pas le seul mouvement à être transeuropéen, il y a également le mouvement Libertas sous lequel le MPF de Philippe De Villiers se présente. Cependant ce dernier n'est non pas proeuropéen mais bien partisan du non au traité de Lisbonne et opposé à «l'Europe supranationale».
Le parti Libertas a lui été lancé par l'homme d'affaire irlandais Declan Ganley et a rallié d'autres professionnels de la politique que Philippe de Villiers tel que l'ex-libérale Eline van der Broek aux Pays-Bas.
Sur le tract de Newropeans on peut lire que "Newropeans est un parti véritablement européen qui commence là où les partis politiques nationaux s’arrêtent, en élaborant des solutions européennes à des problèmes européens". En effet la principale différence de ce mouvement avec les partis nationaux est qu'il a pour unique but de faire avancer l'Europe. Alors que les partis français n'ont pas l'air de prendre cette campagne européenne très au sérieux il apparaît clairement que cet argument peut jouer dans la balance en faveur de Newropeans.
Ce mouvement propose de nombreux changements pour l'Europe que vous pouvez découvrir sur son site (ici) et Guillaume Medard, membre du Comité Directeur de Newropeans, secrétaire général en charge du contenu du site www.newropeans.eu et responsable de la coordination des traductions a bien voulu répondre à quelques questions pour mon blog. M.Medard est également candidat en France sur la liste Sud-Ouest
axeland: Newropeans est un parti clairement proeuropéen et veut à se titre mettre en place un gouvernement européen en plus du parlement, quels seraient les avantages d'un tel gouvernement et ne poserait-il pas un problème majeur par la non représentation de certains États ?
Guillaume Medard: Si par proeuropéen vous entendez les bénis oui-oui des institutions européennes, vous faites clairement fausse route. Newropeans est un mouvement de citoyens très critiques envers l'absence de direction politique de l'UE, sa bureaucratisation extrême, et son inadmissible opacité.
Mais l'Europe est un fait, l'UE existe. Quand on hérite d'une maison on l'aménage pour que toute la famille puisse y vivre le mieux possible. Nous avons les murs (la paix), il nous faut maintenant aménager. C'est à dire qu'il nous faut démocratiser cette Union Européenne.
Ce qui veut dire, avant tout, qu'il faut séparer les pouvoirs législatifs et exécutifs. Aussi étrange que cela paraisse, ce n'est pas le cas actuellement!
- Le parlement européen doit être doté du droit d'initiative des lois.
- Nous proposons que le gouvernement européen soit élu par le parlement et responsable devant le parlement. (Nous avons élaboré une proposition détaillée dont les grandes lignes sont : le chef du gouvernement est élu par le parlement; il forme ensuite une équipe qui doit être validée par un congrès composé pour 50% de membres du Parlement européen et pour 50% de membres de parlements ou de gouvernements nationaux.) Un gouvernement européen élu par les représentants des citoyens européens serait un gouvernement légitime représentant tous les citoyens européens de tous les Etats.
16 propositions: ici
gouvernement: ici
axeland: La principale proposition de Newropeans tient à l'organisation de référendum dans chaque pays, pour tout nouveau projet d'élargissement de l'Union européenne. Ne craignez vous pas que par de tels référendum on ne se retrouve avec des résultats comme ceux du non massif de 2005 au projet de Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, pays dans lesquels Newropeans présente ces listes ?
Guillaume Medard: Nous ne craignons pas le vote des citoyens. En démocratie ce sont les citoyens qui doivent décider. Nous ne voulons pas d'une dictature. La Constitution a été rejetée; c'est un déni de démocratie flagrant de l'adopter quand même. Newropeans se bat pour que le vote des citoyens soit reconnu. Pour reprendre l'image de la maison : nous pensons qu'il est normal que les habitants de la maison et les nouveaux colocataires soient d'accord pour vivre sous le même toit, avant de signer le bail.
axeland: Newropeans ne se veut ni de gauche, ni de droite, mais sur le plan économique et social par exemple de quel parti français seriez vous les plus proche si il en est un ?
Guillaume Medard: Les partis français font de la politique nationale. Nous nous voulons démocratiser l'UE pour qu'un vrai débat européen qui concerne les sujets européens puisse émerger. Nous ne sommes, à ce titre, proches de personne.
axeland: Votre mouvement se promet l'auto-dissolution dans 15 à 20 ans, «quand la démocratisation de l'UE sera achevée». Pourquoi cet ultimatum et cette sensation de mission de démocratisation ?
Guillaume Medard: Ce n'est pas une sensation. Le système européen n'est pas démocratique, il faut le démocratiser. Quand cela sera fait, que les débats des campagnes pour les élections européennes porteront sur des sujets européens, alors Newropeans n'aura plus de raison d'être. Nous estimons qu'il faudra, hélas, 15 à 20 ans pour parvenir à cela.
axeland: Newropeans en tant que mouvement proeuropéen veut renforcer le rôle du ministère des affaires étrangères et développer une politique étrangère européenne claire et impartiale. Comment comptez vous vous y prendre pour mettre d'accord les différents pays européens sans atteindre la liberté de chaque État à décider de son sort ? (cf guerre en Irak)
Guillaume Medard: Si l'Europe veut avoir une voix aussi forte que les USA et la Chine nous n'avons pas la choix. Il faut parler d'une seule voix (si les chefs d'Etats n'étaient pas sur la même ligne concernant la guerre en Irak, les peuples européens en revanche étaient très majoritairement opposés à une intervention militaire.)
Je vous invite à lire notre proposition concernant la politique internationale de l'UE qui est basée sur 5 fondements:
* Devenir l'acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant.
* Des valeurs communes aux Européens au service de la construction d'un monde meilleur.
* Une politique internationale de l'UE contrôlée démocratiquement.
* L’affirmation efficace des intérêts communs Européens.
* Une politique internationale de l'UE définie dans le respect des intérêts vitaux nationaux.
Cet extrait de notre programme répond avec précision à votre question de conciliation des intérêts européens et nationaux:
L’intérêt collectif de l’UE doit savoir intégrer et respecter les intérêts vitaux de chaque Etat-membre. C’est le coeur même de l’équilibre unité/diversité qui est l’essence du processus d’intégration européenne.
L'absence actuelle de vision commune de long terme a d'ailleurs renforcé chez de nombreux citoyens européens la crainte d'une dilution de leurs intérêts vitaux nationaux au sein d'une UE incapable de leur substituer des intérêts communs crédibles. Newropeans croit donc qu’il faut redonner confiance aux citoyens dans la capacité de l'UE à promouvoir les intérêts communs des Européens tout en préservant les intérêts vitaux de chaque Etat membre, avant de pouvoir mettre en oeuvre une politique internationale vraiment commune uniquement fondée sur des majorités qualifiées.
Le défi de l’UE en matière de politique internationale pour la décennie à venir (2009-2019) est donc d’identifier précisément les intérêts vitaux de chaque Etat membre et de leur donner un droit de veto pour des décisions de politique internationale. Au-delà de 2019, ou peut-être avant avec la confiance renouvelée des citoyens européens, Newropeans préconise le passage de la règle du veto à celle de la majorité qualifiée pour les grandes orientations de la politique internationale.
Les intérêts des Européens dans le monde convergent de façon croissante, ce qui limite de facto les thèmes de désaccords majeurs. Dès lors, afin d’éviter un blocage décisionnel qui serait néfaste à tous les Européens (notamment si un gouvernement décide pour des motifs électoralistes de jouer la carte nationaliste pure), chaque Etat-membre devra définir et déclarer d'ici 2019 au maximum deux intérêts vitaux. Ces intérêts vitaux devront être validés par un vote du Parlement national pour être reconnus comme tels par l'UE.
Hors intérêts vitaux nationaux identifiés préalablement, les décisions en matière de politique internationale commune seront prises selon une règle de double majorité simple (majorité du Parlement européen et majorité des Etats-Membres).
Politique internationale de Newropeans: ici
axeland: Enfin, je vous interpelle sur une proposition qui m'a troublée, celle de passer le droit de vote de 18 à 16 ans pour les élections européennes. Pourquoi ce désir de changement ?
Guillaume Medard: Ce point de programme, comme tous les autres proposés par Newropeans, a été voté par les membres de Newropeans. Chaque membre peut avoir ses raisons d'approuver cette proposition. Mes raisons sont les suivantes : les jeunes sont plus et mieux informés que les générations passées grâce notamment à Internet. Ils sont très souvent engagés dans des mouvements lycéens et ont le sentiment (réel) que la seule façon d'être entendu est de battre le pavé, puisque ils ne peuvent pas voter. Leur donner le droit de vote c'est leur donner le droit de choisir leur avenir. A cet âge ils en ont la capacité intellectuelle. De plus, à 18 ans on célèbre le fait de devenir adulte et pour beaucoup le permis de conduire. L'accès au droit de vote passe un peu inaperçu. Le droit de vote à 16 ans constituerait une entrée dans la citoyenneté qui responsabiliserait et pourrait être célébré à sa juste valeur.
Merci à M.Medard d'avoir accepter de répondre à mes questions.
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